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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 19:50

Résumé des épisodes précedents: Face à l'impérieuse nécessité de passer le permis de conduire chilien, diverses péripéties et réglementations m'ont amené à devoir prouver que je sais lire et écrire, condition sine qua non pour s'inscrire à l'examen et obtenir le permis. Me voici donc dans l'obligation de passer l'équivalent chilien du brevet des collèges.

 

Centre d'études pour adultes Los Castaños de Viña del Mar. C'est ici, dans cet immeuble vétuste, que j'ai rendez-vous avec le doyen des professeurs. J'espère pouvoir obtenir de passer une sorte d'examen spécial, et tout de suite. Je vais pas attendre la date nationale à laquelle tous les élèves de 14 ans passent le brevet, quand même! "Dites que vous venez de ma part", avait dit le débonnaire directeur du Secrétariat régional de l'Education... Ca doit bien servir à quelque chose, non?

 

Me voici donc à la porte. Opaque, et close. Je colle l'oreille: pas un bruit. On est vendredi matin, et le centre semble sans vie. Etrange. Je tourne en rond, cherche une autre entrée, regarde à travers les fenêtres: rien. Finalement, une femme de ménage m'apercoit et entr'ouvre la porte: "Qu'est-ce que vous cherchez?" Je me faufile, demande à voir le doyen des professeurs. On m'intime d'attendre dans un sombre couloir. J'attends. Des adolescents à problème courent et crient dans les escaliers. Visiblement, cet endroit est plus un centre de réinsertion qu'autre chose. Je me demande un peu où j'ai mis les pieds. Finalement, on me fait passer dans le bureau du doyen. Je ne le sais pas encore, mais c'est là que mon récit va prendre tout son piquant.

 

Me recoit un monsieur affable, propre sur lui, d'une soixantaine d'années raffiné: Ah, vous voulez passer le permis de conduire. Il vous faut un certificat d'études. Ah, vous êtes francais? ah, c'est merveilleux! J'aime beaucoup la France, le francais... Je vois que vous avez de l'éducation... Alors parlez-moi de la France, un peu... Bordeaux? Ah oui, je connais, c'est très beau! Le vin, tout ca...

 

On frappe à la porte. Le professeur grimace: on le dérange en pleine délactation pour le récit de son interlocuteur francais, et par conséquent incontestablement raffiné. Entrez. Pendant que le vieil enseignant règle les affaires courantes, je jette un coup d'oeil à l'exigu bureau: modeste, exigu, avec un ordinateur de l'ère MS Dos, et une collection de bouquins scolaires plus vieux que moi: visiblement, on a râclé les fonds publics qui restaient pour financer cet endroit. Mais pas le temps d'inspecter plus en détail: le doyen renvoie vite l'opportun. Fermez la porte derrière vous, et que l'on ne nous dérange pas.

 

Ca ne fait pas cinq minutes que je suis là, et je me rends bien compte que ce monsieur est attiré par ma jeunesse et ma franchouillarditude élégante (sic!). Je suis comme une bouffée d'air frais, pour cet homme qui est entouré quotidiennement d'adolescents et adultes sans éducation. Le voilà qui se penche vers moi, s'accoude à son bureau, pose délicatement sa tête dans sa main d'un geste efféminé, et lâche d'une voix mielleuse: parlez-moi un peu de la France, c'est tellement beau... Et puis de vous: qu'est-ce qui vous amène là?

 

L'espace d'une seconde, je suis un brin décontenancé. Je ne suis pas là pour faire ami-ami avec un vieux professeur homosexuel libidineux. Mais voyant que ce serait le moyen le plus rapide et le plus sûr d'obtenir ce que je suis venu chercher, je joue le jeu et répond avec une certaine emphase. Je lis dans ses yeux qu'il est enchanté de m'écouter parler et que je le fais voyager, à parler du pays de Molière avec cet accent "tellement beau". Et puis soudain, il s'ébroue, se rejette en arrière, revient à la réalité et la raison de ma visite: Bon, il faut que je vous fasse faire un test. Gestes d'agacements: ces formalités administratives sont tellement fastidieuses... Vous êtes un universitaire, pas besoin de vous faire l'examen complet... Tenez, prenez ce livre. Lisez.

 

Et me voilà parti à lire une fiche de lecture sur Don Quichotte et les moulins à vent de l'Extramadura. Au bout d'une page: ca suffit, c'est bien. C'est beau comme je lis, avec mon accent francais! Merci bien, professeur. S'ensuivent quelques questions de compréhension du texte. Facile. Le doyen semble s'ennuyer et rechigne à me faire passer un test complet. En théorie, en plus de l'épreuve d'espagnol, il y a un test de mathématiques, un autre de sciences naturelles, et une épreuve intitulée "Sciences sociales". Il imagine que si j'ai un diplôme universitaire, je sais compter jusqu'à 10. Bingo, professeur! La parlotte continue: quelques digressions sur la France, la politique, la littérature, blablabla, et voilà pour les "sciences sociales"! Mon accent francais, mon sourire et mes bonnes manières font le reste: j'ai définitivement conquis le coeur du doyen. Il sort une feuille de notes, me met 6 (sur 7) à toutes les matières, accompagné de "très bien" pour tout commentaire, et va faire tamponner le bulletin par le directeur. Et voilà: au bout de trois quarts d'heure, j'ai mon brevet des collèges, et suis autorisé à entrer au lycée!

 

Ca m'aura pris du temps et des démarches pour pouvoir passer le permis de conduire, mais rien que pour ca, ca valait la peine! Et j'ai finalement obtenu mon permis. Mais ca n'est pas assez intéressant pour mériter un nouvel article.

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commentaires

Franciamerica 17/12/2010 23:50



Bien contente que tout se soit finallement bien et "rapidement" terminer. S il avait fallu que tu commences un dossier, avec les vacances d ete qui arrivent, ca aurait bien pris au moins les 3
mois dont tu parles.


Pour ma part, je me suis juste presenter a la Municipalite de Las Condes (cette commune parce que plus facile de se garer et parce que j etais dans le coin). J ai montre ma carte d identite
chilienne, mon permis de conduire francais (meme pas international) et une photocopie d une facture de telephone prouvant mon domicile et apres avoir passe les tests psycho-techniques, je sortais
avec un papier pour retirer le documents les jours suivants. Pas de brevet a passer ni meme de test de conduite ;).


Felices Fiestas !!!!!



@tom 19/12/2010 21:55



ben oui, c'est Las Condes...



Vladimir Bukolic 15/12/2010 12:41



En Autriche, c'est plutôt le contraire. Ils te disent : "Mais rien ne prouve que vous parliez l'allemand", bien que tu t'expliques depuis dix minute dans la langue de Goethe. Ils exigent un
diplôme payant de niveau C1 et ne font pas d'entorses à la règle.


Les Francais de langue maternelle étudiant le français à Vienne doivent effectuer tous les cour et tests de grammaire du niveau le plus bas. La règle, une fois de plus, ne souffre pas d'entorse.


Ah... l'administration... Bon vent à toi !



@tom 16/12/2010 08:11



Ach so! la rigueur germanique dans toute sa splendeur... Bon vent aussi!



Pierre Cuzon 14/12/2010 21:39



Cette histoire de permis de conduire me plaît beaucoup.


Cela montre comment une société peut vivre au ralenti, par habitude, par peur du changement.


Mais au fond, ces petites tracasseries sont plus supportables que la violence des rapports économiques actuels ( stress dans l'entreprise ). Maintenant la vitesse l'emporte, le temps c'est de
l'argent et celui qui ne peut pas suivre, il reste sur le bord du chemin.


J'aimerai la reprendre pour la partager sur mon blog et sur facebook.


J'en ferai volontiers un seul document des trois articles (en "pdf" pour en faciliter la lecture.)


J'y mettrai bien sûr, l'adresse de votre blog ( que je consulte très régulièrement), la source. Je n'ai pas l'âme d'un pilleur.


Et si cela n'est pas possible, la terre continuera de tourner ....



@tom 16/12/2010 08:10



aucun probleme pour reprendre l'article sur votre blog, au contraire!